
Article invité : André Farah, fondateur de Licorne Society, cabinet de recrutement dans la Tech et le Digital, partage ce qu’il observe dans les offres d’emploi. Il décrit ce que les recruteurs attendent des candidats en matière d’IA. Retrouvez nos autres articles sur l’intelligence artificielle.
Par André Farah, fondateur de Licorne Society
L’IA s’est installée dans les offres d’emploi plus vite que dans les fiches de poste internes. C’est une compétence qui est devenue indispensable pour beaucoup de recrutements. Pourtant, les recruteurs ne cherchent majoritairement pas des experts ou des chercheurs. Ils cherchent des personnes qui savent tirer de l’IA un résultat concret dans leur propre métier.
Chez Licorne Society, nous accompagnons des centaines de recrutements chaque année, dans la Tech, le Digital et les startups. Voici ce que nous voyons dans les besoins de nos clients, et ce que montrent les offres publiées ces derniers mois.
Table des matières
L’IA est devenue un critère d’embauche
Commençons par le contexte. Au premier semestre 2026, plus d’un tiers des levées de fonds des startups françaises (35 %) et 40 % des montants levés concernent des entreprises dont l’IA est le cœur ou une composante réelle du produit. Ces entreprises recrutent. Et elles attendent de leurs équipes qu’elles travaillent elles-mêmes avec l’IA.
Nous avons analysé près de 5 700 offres publiées en France par des startups et scale-ups entre fin juillet et octobre 2026, après dédoublonnage. Près d’une offre sur deux mentionne l’IA. Et dans plus d’une offre sur quatre (26 %), une compétence IA est explicitement attendue du candidat. C’est même le cas d’une offre sur trois si l’on ajoute celles qui la présentent comme un plus.
Cette moyenne cache des écarts importants selon les métiers :
| Famille de métiers | Mentionnent l’IA | Attendent une compétence IA | Attendue ou appréciée |
|---|---|---|---|
| Data | 85 % | 70 % | 77 % |
| Product et Design | 63 % | 43 % | 53 % |
| Tech | 58 % | 38 % | 46 % |
| Marketing | 49 % | 29 % | 39 % |
| Finance et Juridique | 40 % | 20 % | 29 % |
| Ops et Direction | 36 % | 20 % | 28 % |
| Customer Success et Support | 34 % | 13 % | 19 % |
| RH et Recrutement | 38 % | 11 % | 19 % |
| Sales | 32 % | 8 % | 14 % |
Chaque offre qui mentionne l’IA a été lue et classée : compétence attendue (une exigence, ou une mission qui consiste à utiliser, intégrer ou construire de l’IA), simplement appréciée (un plus, une curiosité), ou simple mention sans attente envers le candidat (description de l’entreprise, de son produit ou d’un avantage).
Pour certains postes, la question ne se pose déjà plus. Sur les recrutements des postes Tech et Data, mais aussi en Marketing, nos clients attendent presque tous des candidats une utilisation approfondie de l’IA. Pas une familiarité de surface : une pratique quotidienne, intégrée à leur façon de travailler.
L’écart entre ces attentes et ce qui est écrit dans les offres est instructif. Beaucoup d’entreprises considèrent cette compétence comme acquise et ne prennent même plus la peine de l’écrire. Elles la vérifient en entretien. Ne pas la voir dans une annonce ne veut donc pas dire qu’elle ne sera pas évaluée.
Ce que les recruteurs attendent : des résultats, pas un outil
Aucun recruteur ne vous demandera de citer les dernières versions de ChatGPT ou de Claude. Ce qui l’intéresse, c’est ce que l’IA change dans votre travail.
Gagner en efficacité et faire plus
La première attente est simple : produire plus vite. Mais la vraie valeur est ailleurs. L’IA permet aussi de faire ce que l’on ne faisait pas faute de temps : une analyse supplémentaire, une version de plus, une veille plus large, un suivi plus fin.
Les offres le disent sans détour. Doctolib attend d’un Key Account Manager qu’il utilise « l’IA comme levier de productivité » pour préparer ses business reviews et repérer des signaux faibles dans son portefeuille. Chez leboncoin, une offre explique que l’automatisation et l’IA « décuple tes capacités ». Gojob demande à son responsable marketing de faire progresser ses résultats en s’appuyant sur l’automatisation et les agents IA « plutôt que sur l’effectif ».
Le message est clair : l’IA ne sert pas seulement à faire la même chose plus vite, mais à faire davantage avec la même équipe.
Augmenter la valeur perçue
Un livrable mieux préparé, une analyse plus fouillée, une réponse client plus rapide et plus précise. C’est ce que voient votre manager et vos clients. Un collaborateur qui maîtrise l’IA ne se distingue pas parce qu’il l’utilise, mais parce que la qualité de ce qu’il rend progresse visiblement.
Se concentrer sur ce qui a le plus de valeur
C’est sans doute l’argument le plus fort. Confier à l’IA le répétitif, la mise en forme, le premier jet ou la synthèse permet de garder son temps pour ce qu’elle ne fera pas à votre place : le jugement, la relation, la négociation, la décision. Les entreprises ne recrutent pas quelqu’un pour qu’il soit remplacé par un outil, mais pour qu’il consacre son énergie aux tâches à très haute valeur ajoutée.
Les compétences de méthode qui rendent cela possible
Derrière ces résultats, nous retrouvons toujours les mêmes savoir-faire :
- Formuler une demande précise. Donner du contexte, des contraintes, un exemple du résultat attendu. La qualité de la réponse dépend d’abord de la qualité de la question.
- Vérifier ce que l’IA produit. C’est la compétence la plus sous-estimée. Une offre de Tracklab le résume en une phrase : le candidat utilise l’IA comme un vrai multiplicateur « and you read every line it produces », autrement dit il relit chaque ligne qu’elle produit.
- Repérer ce qui mérite d’être automatisé dans son propre métier, et ce qui ne le mérite pas.
- Protéger les données. Savoir ce que l’on n’envoie pas à un assistant : données clients, informations confidentielles, éléments contractuels.
- Travailler sur ses vrais dossiers. Traiter un document réel, préparer une vraie analyse, rédiger un vrai premier jet. C’est là que l’IA devient utile, et c’est là qu’on apprend vraiment à s’en servir.
Savoir se mettre à la page sur les outils IA
Les outils évoluent tous les trimestres. Les recruteurs le savent et cherchent des personnes capables de suivre. Malt demande à ses ingénieurs de se tenir régulièrement informés des dernières évolutions. Voodoo cite Claude Code, Codex « and whatever comes next », c’est-à-dire tout ce qui viendra ensuite.
Ce qui compte n’est donc pas l’outil que vous maîtrisez aujourd’hui, mais votre capacité à adopter le suivant sans attendre qu’on vous y forme.
Ce qui ne sert à rien sur un CV
Puisque l’IA est devenue un critère, beaucoup de candidats l’ajoutent à leur CV. Rarement de la bonne manière.
- « Maîtrise de ChatGPT », sans autre précision. Pour un recruteur, cette ligne ne dit rien. Tout le monde l’écrit.
- Les listes de dix outils. Citer Midjourney, Notion AI, Perplexity, Gemini et six autres donne surtout l’impression d’un survol.
- Les certificats de quelques heures présentés comme une expertise. Une formation courte est un bon point de départ. Elle ne suffit pas à elle seule à prouver une pratique.
Une offre de Doctolib le dit de façon très directe : elle attend une expérience pratique, « not familiarity in passing », pas une familiarité en passant. Un cas concret vaut toujours mieux qu’une mention.
Comment prouver vos compétences en IA en entretien
Puisque l’attente est souvent implicite, c’est en entretien qu’elle se joue. Trois conseils :
Préparez un cas d’usage mesuré. Une tâche précise, ce que vous avez fait avec l’IA, et le résultat : du temps gagné, une qualité supérieure, quelque chose que vous n’auriez pas pu faire autrement. Un exemple chiffré convainc plus que dix outils cités.
Attendez-vous à des questions concrètes. « Montrez-nous comment vous l’utilisez. » « Sur quelle tâche vous a-t-elle fait gagner le plus de temps ? » « Quand ne l’utilisez-vous pas ? »
Montrez votre regard critique. Savoir dire où l’IA s’est trompée, comment vous l’avez repéré et pourquoi vous ne lui confiez pas certaines tâches rassure souvent davantage qu’un discours enthousiaste.
Ce qui fera la différence en 2026
Ce qui compte en 2026, ce n’est pas de connaître l’IA, mais de savoir s’en servir avec discernement dans son propre métier : pour gagner du temps, faire davantage et consacrer son énergie à ce qui compte vraiment.
Un cas concret vaut toujours mieux qu’une mention.
André Farah, fondateur de Licorne Society
Questions fréquentes sur les compétences IA et le recrutement
Les recruteurs attendent un résultat concret dans votre métier, pas une liste d’outils. Les savoir-faire cités dans l’article : formuler une demande précise, vérifier ce que l’IA produit, repérer ce qui mérite d’être automatisé, protéger les données et travailler sur ses vrais dossiers.
Sur près de 5 700 offres de startups analysées, près d’une sur deux mentionne l’intelligence artificielle. Dans 26 % des offres, une compétence IA est explicitement attendue du candidat. C’est le cas d’une offre sur trois en comptant celles qui la présentent comme un plus.
Part des offres qui attendent une compétence IA : 70 % en Data, 43 % en Product et Design, 38 % en Tech, 29 % en Marketing et 8 % en Sales.
Les candidats l’ajoutent souvent à leur CV, rarement de la bonne manière. Une ligne « Maîtrise de ChatGPT » sans précision ne dit rien à un recruteur. Un cas concret avec un résultat mesuré vaut mieux qu’une liste de dix outils.
Beaucoup d’entreprises ne l’écrivent pas dans l’offre et la vérifient en entretien. Préparez un cas d’usage mesuré : une tâche précise, ce que vous avez fait avec l’IA et le résultat. Montrez aussi où l’IA s’est trompée et comment vous l’avez repéré.
Méthodologie : analyse de près de 5 700 offres uniques publiées en France par des startups et scale-ups entre fin juillet et octobre 2026, après dédoublonnage et exclusion des job boards. Chaque offre mentionnant l’IA a été classée selon que la compétence est attendue, appréciée ou absente. Part de l’IA dans les levées : base des levées de fonds suivie par Licorne Society, premier semestre 2026.

André Farah, fondateur de Licorne Society
André Farah est le fondateur de Licorne Society, cabinet de recrutement spécialisé dans la Tech et le Digital.



